La pige immobilière est une méthode de prospection qui consiste à repérer les annonces de vente publiées par des particuliers pour contacter les vendeurs et leur proposer ses services.
Depuis le 11 août 2026, le repérage reste permis, mais appeler un particulier à froid exige son consentement préalable : sans accord, la pige téléphonique n’est plus possible.
Table des matières
En Bref
- La pige n’est pas interdite : repérer des annonces reste permis. C’est l’appel à froid qui l’est.
- Depuis le 11 août 2026, l’appel à froid exige un consentement préalable, quel que soit le type de pige.
- Deux exceptions : le contrat en cours et le rappel d’un particulier qui l’a demandé, sous cinq jours ouvrables.
- Un appel non conforme expose à une amende jusqu’à 375 000 € pour une société, et rend le contrat nul.
Qu'est-ce que la pige immobilière ?
La pige immobilière est une technique de prospection qui consiste à identifier les particuliers ayant publié une annonce de vente sur un portail (Leboncoin, PAP, SeLoger…), puis à les contacter pour leur proposer d’être accompagnés par une agence ou un mandataire. L’objectif est de décrocher un rendez-vous, puis un mandat.
On distingue couramment la pige chaude (annonce récente), la pige courante (annonce publiée depuis quelques semaines) et la pige froide (annonce plus ancienne).
Elle se distingue de la prospection de terrain (porte-à-porte, boîtage) : la pige cible des vendeurs déjà engagés dans un projet de vente. C’est aussi ce qui la rendait si efficace par téléphone, et ce qui l’expose aujourd’hui au nouveau cadre légal.
La pige est-elle interdite depuis le 11 août 2026 ?
Non, pas la pige elle-même. Repérer l’annonce d’un particulier pour lui proposer ses services reste permis. Ce qui est interdit, c’est l’appel à froid : démarcher par téléphone un particulier qui ne vous a pas donné son accord au préalable.
Qu'est-ce qui a changé ?
On est passé d’une logique d’opposition à une logique de consentement préalable. Jusqu’ici, on pouvait appeler tant que la personne ne s’était pas inscrite sur Bloctel. Le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 remplace cette liste d’opposition par un consentement préalable, et le texte de fond est l’article 13 de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, qui réécrit l’article L223-1 du Code de la consommation. Le 11 août est la date d’entrée en vigueur, pas celle de la loi.
Le texte interdit de démarcher par téléphone, directement ou par un tiers agissant pour votre compte, un consommateur qui n’a pas exprimé son accord. Il réserve l’appel intervenant dans l’exécution d’un contrat en cours et ayant un rapport avec ce contrat, selon Actu-Juridique. Une annonce publiée n’est pas un accord : consentir suppose un acte positif clair, précédé d’une information.
Quels appels restent permis ?
Posez-vous trois questions dans l’ordre :
- Ai-je un contrat en cours avec cette personne et l’appel le concerne-t-il ?
- Vient-elle de demander à être rappelée, il y a moins de cinq jours ouvrables ?
- A-t-elle donné un consentement valable, de moins d’un an et qui couvre ce motif d’appel ?
Si la réponse est non partout, n’appelez pas : recueillez d’abord son accord par un autre canal.
Mises en situation
Situation | Appel possible ? | Condition |
Vendeur repéré sur un portail | Non | Consentement préalable, recueilli par un autre canal |
Particulier qui demande un rappel via votre formulaire d’estimation | Oui | Sous 5 jours ouvrables, uniquement sur l’objet demandé |
Particulier qui a coché une case dédiée au démarchage téléphonique | Oui | Dans la portée de son accord, un an maximum |
Vendeur sous mandat avec vous | Oui | Sur ce qui se rattache au contrat |
Ancien vendeur dont le mandat a expiré | Non | Consentement préalable |
Les deux exceptions, dans la vraie vie
Le contrat en cours. Un vendeur sous mandat, c’est un retour de visite à transmettre, un prix à rediscuter, un point d’étape sur le dossier. Tant que l’appel reste dans le champ du mandat, aucun accord supplémentaire n’est nécessaire, selon la DGCCRF. Le mandat expiré, on sort de l’exception : l’ancien vendeur redevient un contact comme un autre.
La demande du particulier. Il remplit votre formulaire d’estimation et demande à être rappelé. Vous avez cinq jours ouvrables, et l’appel porte sur ce qu’il a demandé. Cela change votre accroche :
- Avant : « Bonjour, j’ai vu votre annonce… »
- Maintenant : « Bonjour, vous avez demandé une estimation de votre appartement sur notre site le [date]. Je vous appelle pour convenir d’un rendez-vous. »
Quelles sanctions risque une agence immobilière?
Un appel non conforme expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, selon economie.gouv.fr, au titre de l’article L242-16 du Code de la consommation.
À l’amende s’ajoute la nullité du contrat conclu à la suite de l’appel illicite : pour une agence, c’est le mandat, donc la commission, qui est en jeu. Des avocats signalent enfin un risque distinct côté données personnelles devant la CNIL.
Comment recueillir un consentement valable ?
Avec une case à cocher dédiée, jamais préremplie. Avant qu’elle soit cochée, la personne doit connaître cinq éléments :
- qui l’appellera (votre agence, ou le tiers qui appelle pour vous) ;
- pour quels services ;
- pendant combien de temps, un an au maximum ;
- comment retirer son accord, aussi simplement qu’elle l’a donné ;
- qu’elle peut obtenir la preuve de son accord.
Exemple de libellé, à faire valider par votre juriste :
☐ J’accepte que [AGENCE] me contacte par téléphone au [numéro] pour me proposer ses services de vente immobilière, pendant un an. Je peux retirer mon accord à tout moment en [modalité].
Les appels restent enfermés dans des plages : du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, quatre par mois au maximum vers un même consommateur, selon la DGCCRF.
Comment prouver le consentement ?
La preuve incombe au professionnel, qui doit la conserver au moins trois ans avec la date et l’heure : un consentement non retrouvé équivaut à l’absence de consentement le jour d’un contrôle.
Archivez en numérique le texte exact présenté, la case cochée, la date, l’heure et le canal. Un simple journal d’appels ou une note non archivée ne suffit pas.
Que faire avant votre prochaine campagne ? L'audit en 5 étapes
Le bon réflexe, avant de lancer une campagne de prospection : faire le point sur la façon dont vous collectez et suivez les consentements.
- Listez vos sources de contacts : formulaires du site, demandes d’estimation, portails, anciens clients, fichiers achetés.
- Vérifiez, source par source, qu’un consentement existe : quel texte a été présenté, à quelle date, pour quel usage.
- Classez votre base dans les statuts du tableau, sans en laisser un seul contact sans statut.
- Excluez des listes d’appel tous les contacts « accord retiré, expiré ou inconnu ».
- Faites un test : prenez dix contacts au hasard et retrouvez, pour chacun, la preuve de son accord.
Comment continuer à prospecter ? Quels canaux remplacent la pige téléphonique ?
Trois familles de canaux restent ouvertes : attirer les vendeurs, aller vers eux sans téléphone, et activer son réseau. Dans tous les cas, le contact doit venir de lui-même ou avoir donné son accord.
- Formulaire d’estimation : une page par commune, avec une case de consentement distincte. Rappel sous 5 jours ouvrables, sur l’estimation seulement.
- SEO local : pages quartiers, prix au m² datés et sourcés (base DVF), page estimation. Le vendeur vous trouve, sans appel.
- Fiche Google et avis : fiche complète, demande d’avis après chaque vente.
- Courrier postal ciblé : lettre personnalisée avec les chiffres du quartier et un QR code vers le formulaire.
- Terrain et boîtage : îlotage, porte-à-porte, avis « vendu dans votre rue ». Règles propres, dont le délai de rétractation après un mandat signé hors établissement.
- Recommandation : la demander à chaque client satisfait, avec l’accord de la personne avant tout contact.
- Partenaires : notaires, courtiers, diagnostiqueurs, en recommandations réciproques. Le contact transmis doit avoir donné son accord.
- Événements propriétaires : atelier ou soirée « estimez votre bien », avec une case de consentement sur la liste d’émargement.
- Contenu et newsletter : baromètre local, guides pour vendeurs, sur inscription volontaire (opt-in).
Quel que soit le canal, notez dans votre CRM la source et le consentement de chaque contact : c’est ce qui vous permet de le rappeler, et de le prouver.
À retenir sur la pige immobilière
Depuis le 11 août 2026, repérer les annonces immobilière de particuliers reste permis, mais les appeler exige leur consentement préalable, avec deux exceptions : le contrat en cours et le rappel d’une personne qui en a fait la demande, sous cinq jours ouvrables.
La preuve vous incombe : un consentement dure un an au maximum, se conserve trois ans, et un appel non conforme expose à une amende jusqu’à 375 000 € pour une société, ainsi qu’à la nullité du contrat.
Le consentement devient donc un actif. Une base organisée par statuts, avec la preuve à portée de main, est à la fois plus efficace et indispensable à la conformité. Avant votre prochaine campagne, classez vos contacts par statut et retrouvez la preuve de dix d’entre eux.



